Lire en été

En voici des livres, des gros, des petits, des récents, des rééditions, des chers et des moins chers, des tristes, mélancoliques, drôles et inventifs. Si j’osais, je pourrais vous mettre au défi, satisfaites ou remboursées, mesdames et mesdames. mais je crois que mon patron ne sera pas très d’accord.

« La légèreté » de Catherine Meurisse

La dessinatrice de Charlie – et collaboratrice de Causette – revient sur son après-7 janvier. Ce matin-là, elle a perdu ses amis, la mémoire et la sensation de beauté. Elle déroule en noir et blanc et en couleurs la reconquête de ce monde englouti. BD saisissante et magnifique. Ne prévoyez pas de sortir après sa lecture, vos yeux seront trop gonflés.

éd. Dargaud, 136 pages, 19,99 euros.

« Maligne » de Noémie Caillault

Autobiographie d’une femme qu’un cancer du sein vient interrompre dans sa vie de trentenaire pleine de projets. Elle raconte le quotidien, le sien et celui de son entourage, qui va se modifier. Les chapitres sont courts, enlevés, les réflexions souvent drôles. Pas d’apitoiement, pas de wonder woman non plus. C’est en cela sans doute que le livre et la pièce de théâtre – à Avignon cet été – remportent un grand succès auprès des lecteurs. Noémie, l’héroïne, nous est incroyablement familière.

éd. payot, 96 pages, 10 euros.

« La nuit, nous grandissons » de Ben Brooks

Jasper a 17 ans et n’est pas très sérieux, comme dit à peu près le poète. Jasper vit dans la middle class anglaise. Il s’ennuie, ne projette rien, pas de grosse envie non plus. Avec ses potes Tenaya et Jonah, ils écument les fêtes, picolent, se droguent, font du sexe (pas d’amour en vue). Si Jasper n’attend rien, on sent son corps devenir trop étroit pour l’homme à éclore. L’auteur, Ben Brooks, qui a écrit ce livre à 17 ans, restitue avec une grande habileté cette période angoissante de la vie où le temps est si long, où l’avenir ne peut prendre forme, où il est bon de flirter avec le danger. Il ne cherche pas à rendre son héros sympathique – au contraire, il ne lui passe pas grand-chose. Alors, souvent, on s’esclaffe, juste après avoir eu le cœur serré. C’est un livre plein de chair et de tendresse. Et le titre est magnifique.
Traduit de l’anglais par marie de prémonville.
éd. la Belle Colère, 272 pages, 19 euros.
Rappelons dans la même édition le sublime Vite, trop vite, de Phoebe Gloeckner.

« Fausse route » de Pierre Mérindol

On dirait un film en noir et blanc dans la France d’après-guerre. édouard et le narrateur « camionnent » la France pendant la semaine. Ils livrent à Valence ou à Montauban, ils ont leur itinéraire, leurs nationales, leurs bistrots étapes… Ça gouaille, ça casse-croûte, ça roule des clopes et ça fête-forainise. Ça rêve pas trop haut et c’est bien. Jusqu’au jour où Françoise entre dans leur vie et s’assoit entre eux deux dans la cabine du camion ! Ce livre paru en 1950 passa inaperçu. L’histoire de sa réédition par Le Dilettante est aussi rocambolesque que la vie de son auteur. à découvrir dans la préface de Philibert Humm.

éd. le Dilettante, 128 pages, 15 euros.

« Père et fils » de Grégoire Korganow

Le photographe réunit, dans ce très beau livre, des pères et des fils qui posent ensemble, côte à côte, enlacés. Dénudés. Ils se regardent, ou pas. Des hommes ordinaires, de tous âges, de toutes couleurs. C’est assez bouleversant de lire sur leur peau, dans leurs yeux, toutes les marques d’une vie et de cet amour filial ou paternel souvent si dur à énoncer. C’est un livre cher, mais qui dure toute une vie.

éd. neus, 180 pages, 36 euros.

« Mon amour » de Julie Bonnie

Ils viennent d’avoir une petite fille, Tess. Lui doit partir en tournée, loin. Ils s’écrivent : il dit « ma fée », elle répond « mon amour ». Au fur et à mesure de ces lettres, les sentiments vont trembler, l’amour maternel bouleverse les repères, la distance prend de plus en plus de place. Julie Bonnie rend compte, avec une très grande délicatesse, de ces moments fragiles. Ce livre sorti en 2015 est passé un peu inaperçu, dommage. Il est tout à fait indiqué pour une lecture d’été. La chaleur lui va bien.

éd. grasset, 224 pages, 17,50 euros.

Publié dans Causette#69 – Juillet/Août 2016

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