Les gaspards sont dans Paris

Zineb Dryef est une femme avec ses qualités et, disons, ses obsessions. Dont une : elle souffre de « musophobie », un joli mot pour dire ce qui l’est moins, la hantise des rats (et autres rongeurs). Et pas de bol, elle va aménager avec compagnon et enfant à naître dans un appartement – près de la place de la République, à Paris – où rodent les rats. Elle les voit de sa fenêtre envahir les poubelles quand la nuit tombe. Elle devient certaine qu’ils veulent investir son appartement. Jour après jour, insomnie après insomnie, elle va se lancer dans un échange de courriers effréné avec son agence et mener en parallèle – Zineb Dryef est journaliste – une enquête sur ces bestioles qui la hantent.

Dératiseur Diplômé

Et c’est un pan de l’histoire de Paris (et de bien d’autres endroits du monde) qui se dessine. Mais surtout Paris. On traverse la peste de 1920, les années de disette, on découvre un métier mal connu et pourtant encore sanctionné par un diplôme d’État : dératiseur (l’auteure aura le cou- rage de suivre un stage !). On découvre des menus peu ragoûtants : connaissiez-vous le « salmis de rat sauce Robert » ou les « cuissots de rats à la sauce crapaudine » ? C’était ce qu’il restait à manger pendant le siège de Paris par les Prussiens en 1870. On a aussi mangé des chiens, des chats… et même de l’éléphant (lisez, vous comprendrez). On croise Buffon, Albert Londres, Deleuze, Victor Hugo, mais aussi nombre d’inconnus comme Gustave, qui a consacré une partie de sa vie à tenter de bouter les rats hors de la ville. On y apprend que ces bêtes aux incisives longues et acérées vivent peu longtemps, mais se multiplient comme des petits pains. Et s’ils sont assez flemmards, ils sont très agiles : ils peuvent se glisser dans le moindre trou « gros comme une pièce de 2 euros ».

En somme, ce n’est pas après la lecture de ce livre qu’on va les aimer un peu plus malgré

la jolie tentative du film Ratatouille ! Mais cette enquête est si bien documentée, si bien écrite, qu’elle se dévore. Passionnante, accessible à tous, sans être dénuée d’un certain humour, voire d’auto- dérision. La fin en atteste. N’hésitez pas une seconde à vous lancer dans cette lecture.

Dans les murs. Les rats, de la grande peste à Ratatouille, de Zineb Dryef.
Éd. Don Quichotte, 301 pages, 18,90 euros.

Publié dans Causette #61 – Novembre 2015

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