Femmes, La double peine

L’exemple de la migration confirme que la vulnérabilité des femmes – et non la fragilité – n’a pas de frontières. Elles sont là encore victimes des violences psychiques, physiques et sexuelles. dans leur pays d’origine, sur la route… c’est toujours leur sexe que l’on blesse en signe de pouvoir. on ? daech, un passeur, des autorités locales, un soldat de bachar el-Assad ou d’un autre dictateur…

Reconnu dans le monde entier, le docteur Pierre Foldès, chirurgien urologue, s’est fait une spécialité : il a inventé et développé la chirurgie réparatrice de la vulve pour les femmes victimes de violences sexuelles, d’excision ou d’infibulation. Il opère entre trente et cinquante femmes par mois. Comme il aime à le rappeler : « C’est une pathologie d’origine humaine ! » et ça, il ne le digère toujours pas. Il « répare » ces femmes à Saint-Germain-en-Laye, dans les Yvelines. Depuis janvier 2014, avec Frédérique Martz, il a créé et ouvert l’Institut en santé génésique (ISG) afin de donner toutes leurs chances à ces femmes victimes de violences – migrantes ou non – dans le cadre d’une prise en charge gratuite et globale. En effet, une équipe d’infirmières, de médecins, de psychologues et de juristes sont là pour leur permettre de « guérir » vraiment et se réintégrer à la société.

Cette chirurgie militante est une « spécificité française », précisent les fondateurs de l’ISG, ce qui leur confère une position d’observateurs inattendus sur la migration en général et les migrantes en particulier.

Surmortalité féminine

« Tout d’abord, il faut savoir qu’être migrant ET femme, c’est la douleur augmentée. Tout est plus dur pour les femmes. Elles sont indissociables de leurs enfants. Ce sont elles qui s’en occupent, les font marcher, les portent, les nourrissent, les lavent. En camp, c’est aussi très dur. Il y a là promiscuité et rupture avec leur intimité. Le problème de l’eau dans ces camps est terrible pour elles, car les femmes ont besoin davantage d’eau que les hommes. Pour leur santé, l’hygiène des enfants… Du fait de la malnutrition, elles peuvent voir leurs règles s’envoler ou ne plus pouvoir allaiter. Et si aucune histoire de vie ne se ressemble, elles sont toutes, hélas, soumises à cette dureté supplémentaire à laquelle s’ajoutent violences psychiques, physiques et sexuelles. Soit dans leur pays d’origine, soit pendant une guerre, soit pendant la migration. » On utilise les termes femal excess death rate (« surmortalité féminine »).

Ces violences, selon Pierre Foldès et Frédérique Martz, compteraient aujourd’hui parmi les motifs de déplace- ment. « Depuis un an et demi, on constate une migration à cause de ces violences. Beaucoup de Guinéennes, par exemple, ont commencé à venir se faire opérer pour mutilations sexuelles, viols… Puis il y a eu celles venues des pays du Printemps arabe : Egypte, Tunisie, Libye… Et nous commençons à voir arriver les Syriennes, les Irakiennes… Celles qui fuient Bachar el-Assad ou Daech… » On en sait encore peu sur elles. Mais, sans aucun doute, elles ont subi des atrocités. « J’ai opéré une douzaine des ces personnes les derniers mois : réparations vulvaires, du périnée, sans compter les complications digestives de telles agressions ! »

Photo : Hongrie, septembre 2015. Cette femme a traversé le pays depuis Roszke, ville frontière avec la Serbie. © Dado Ruvic/reuters – Alkis konstantinidis/reuters

Publié dans Causette #60 – Octobre 2015

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