Prostitution, C’est quoi ce bordel ?

Abolitionniste ou réglementariste ? C’est LA question qui divise tous ceux qui décident de se pencher sur la prostitution. On essaie de la supprimer ou on la réglemente ? Et c’est parti… Moi, j’ai une autre question à vous poser: pensez-vous qu’on en soit encore à devoir disserter pour savoir si c’est bien ou mal de louer son corps pour des services sexuels ? Un débat certes passionnant, aux frontières de la philosophie et de l’éthique. Libre disposition de son corps ou exploitation des femmes ? C’est passionnant, vraiment. Mais il y a une réalité bien plus prosaïque que révèlent les chiffres de la police et le dernier rapport de l’Igas 1 : en France, 90 % de la prostitution est issue de réseaux criminels, et 80 % de ces 90 % sont des femmes étrangères. L’imagerie de la pute « tradi » vire sépia. Les nouveaux julots sont de belles crevures, masculines et féminines, et elles essaiment dans le monde entier. En France, le ministère des Droits des femmes veut prendre le problème à bras-le-corps. Mais est-ce son rôle ? On parle bien de criminalité 2, non ?

Et quand on regarde de près ce qui se passe au-delà de nos frontières, on se rend compte que rien ne marche vraiment. Au regard du sondage que Causette a commandé, on comprend que c’est peut-être parce que la majorité ne veut pas vraiment que ça change: 75 % des Françaises et des Français pensent que la prostitution, hélas, bien sûr, est un «mâle» nécessaire. Que les hommes ont des «besoins», voyez-vous. Du coup, les trois quarts d’entre nous sont pour la réouverture des maisons closes. La vache, y a du boulot! Parce que, jusqu’à preuve du contraire, rien en médecine ni en psychiatrie ne vient valider cette idée reçue. Non, ce n’est pas «naturel» de se taper une pute, comme on s’enfilerait une binouse ou un Doliprane. Il est temps de remonter le pantalon et de secouer le cocotier du modèle patriarcal ! Gare à la complaisance des médias vis-à-vis de la prostitution, à l’accès au porno, aux petites annonces sur le Net et à tout ce qui fait le berceau des idées reçues. Mais que faire sans volonté et action politiques ? Philosopher. Causette a interrogé Najat Vallaud-Belkacem, ministre des Droits des femmes. Elle souhaite mettre en place une politique interministérielle et européenne. Vers un change- ment profond de la société. On ne demande qu’à voir.

Car, même volontaire, la prostitution est rarement une partie de jambes en l’air. Quelques-unes d’entre vous se sou- viendront de Momo, la première «Copine» de Causette, une prostituée «traditionnelle» et indépendante de la rue Saint-Denis, à Paris. Si elle affirmait joyeusement et avec gouaille avoir réussi sa vie, c’était parce qu’elle pouvait se féliciter : « Mon fils n’est pas voyou et ma fille n’est pas pute. » Pour ce qui est du débat de savoir si c’est bien ou mal de vendre son corps, eh bien ! souhaitons qu’un jour il n’y ait plus que lui à régler !

Dossier réalisé en collaboration avec Adélïde Robault, Julia Pascual, Anne-Laure Pineau, Leila Minano, Nathalie Gathié.

Ces pages sont dédiées à Momo.

Publié dans Causette #33 – Mars 2013

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