Ridan, Beur, blanc, rouge

Bonnet phrygien vissé sur la tête, Ridan n’hésite pas, dans son nouvel album, “Madame la République”, à dénoncer la France des fachos et à défendre “sa” République, celle de la tolérance. S’il sort son disque juste avant le premier tour de la présidentielle, et à un prix “citoyen”, c’est bien sûr fait exprès !

Ce qui est convaincant chez le chanteur Ridan, c’est l’alliance parfaite entre la voix – chaude – et la mélodie – entêtante. Depuis son premier album, Le Rêve ou la Vie, sorti en 2004, il construit, pas à pas, sa carrière de chanteur à la Brassens, avec des ritournelles simples et belles, des chansons réalistes sans prétention, ou plutôt non prétentieuses. Son dernier album, Madame la République, sorti volontairement juste avant le premier tour de l’élection présidentielle à prix « citoyen » (8,99 euros), est encore plus politisé : il y parle essentiellement du « vivre ensemble », de la peur de l’Autre (la chanson Un étrange étranger), ou encore des patrons-voyous (Ali Baba et les 40 Valeurs). C’est un coup de gueule en quatorze chansons contre le traitement fait aux « minorités » : il y passe au lance-flammes la France des fachos, tout en précisant : « La France n’est pas un pays raciste, il est temps que les racistes le sachent. » Bref, il veut défendre bec et ongles « sa » République, qu’il veut ouverte et tolérante. Une sorte de profession de foi anti-Marine Le Pen, parce qu’il défend la liberté d’expression. Seulement, « à chaque meeting du FN, on peut se demander si l’on est dans le cadre de la loi ».

Le coeur à gauche toute et le mot au bon endroit
Un disque à la coloration politique, donc. Ça tombe bien ! Ridan a fait son coming out dans ce domaine, en devenant le chanteur quasiment officiel de Jean-Luc Mélenchon. Il a toujours voté à gauche, mais là, il s’affiche. Ce printemps, à la Bastille ou au Bataclan, où le candidat du Front de gauche tenait ses meetings parisiens, il a chanté à tour de bras son tube de campagne, Ah les Salauds !, rengaine post-révolutionnaire qui crache son dégoût du FN et de l’aile droite de l’UMP. « Ah les salauds / Chante à la gloire de la victoire du Père Fouettard / Ah les salauds / Chante à la gloire de la victoire d’la Mère Facho. » Il n’a pas peur de l’outrance (dans cette même chanson, il nous dit : « Même la Saint-Barth et la Shoah n’ont pas rendu ces gens moins sombres »), il s’en fout, c’est un disque « assumé ».

« Ah ! ça ira… », semble chanter Ridan, sans-culotte vêtu d’un bonnet phrygien devant la foule de la Bastille, le tout sur écran géant et devant des militants enthousiastes… Tout ça pour l’amour de Mélenchon, un type « rencontré par hasard dans un bar », dont il admire, en bon chansonnier, « l’amour du mot au bon endroit ».

Car derrière le bateleur, l’image du gouailleur des cités (en vrai un garçon de la classe moyenne de la Seine-et-Marne, père informaticien, mère gérante de la boîte familiale et accessoirement fan des yé-yé), il y a chez Ridan un coeur de poète, un type simple et attachant, un lecteur de poésie et un amateur de littérature, autrefois un gamin plutôt tranquille dont le père, en bon lettré, faisait lire à l’adolescence le Discours de la méthode de Pascal en guise de punition ! Du coup, il l’a lu quarante fois…

Il avait déjà évoqué Joachim du Bellay avec Ulysse, titre tiré de son deuxième album, L’Ange de mon démon (2007), et ce jour-là, il nous vante les mérites de la culture française : Camus, Sartre et, bien sûr, la chanson française, Brassens (« J’aime quand il parle des femmes, de la misère, des prostituées »), Brel, Reggiani, Ferré, Ferrat… Tiens, lui aussi, avant sa mort en 2010, soutenait le Front de gauche !

On le titille un peu sur son côté « chanteur engagé ». En 2012, soit près de soixante ans après Le Déserteur de Boris Vian, ça ne serait pas devenu un peu cliché ? On lui cite une chanson de Miossec, Chanson protestataire, qui dit : « Une chanson protestataire / Qui tend le poing / Le poing en l’air / C’est fatigant, pas nécessaire / Et pour quoi dire, pour quoi faire. » Il répond par une formule qu’il se plaît à réciter : « Je suis d’accord ! Moi je ne suis pas un chanteur engagé, je chante des chansons engageantes. Et puis, Julien Clerc fait des chansons depuis vingt ans sur l’amour, parce que l’amour aussi est un engagement ! » Bel enthousiasme…

Avec Johanna LUYSSEN

Photo : Aldo Sperber

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