“Bye Bye Blondie” : La gouine au bois dormant

On attendait ce film avec impatience. À l’affiche, Dalle et Béart : la grosse artillerie au service de l’imagination et du talent de Virginie Despentes. On en frétillait d’avance, et puis ça a fait pschitt ! On est sorti de la projection un peu empêtrées. Vous savez, comme un cadeau que l’on reçoit avec tellement d’amour et puis, ben non.

C’est l’histoire de Gloria (Béatrice Dalle) et de Frances (Emmanuelle Béart) qui se sont rencontrées à l’adolescence, du temps où elles étaient punk, sur les bancs d’un hôpital psychiatrique. Elles se sont follement aimées. Puis perdues de vue. À la quarantaine, Frances, qui est devenue célèbre et riche, vient chercher Gloria, qui vit de solidarité et de « j’en ai rien à foutre ». Elles vont se re-aimer, malgré le fossé social. Voilà.

Virginie Despentes a « voulu faire un film grand public avec des lesbiennes ». Despentes a « voulu faire un film accessible au plus grand nombre », « impacter l’inconscient collectif », « faire évoluer les mentalités ». À force de « vouloir faire », trois fois hélas, Despentes nous livre un film plat, qui rend l’empathie et/ou l’identification difficiles. Tout paraît artificiel. Les personnages, le scénario, les dialogues jusqu’aux scènes soi-disant trangressives où Béart et Dalle échangent des baisers langoureux. On n’y croit pas. Zéro sensualité.

Sauf, sauf, la présence puissante de Soko et celle de Clara Ponsot, qui interprètent Gloria et Frances jeunes. Sur le tournage, Béatrice Dalle, les regardant jouer, avait dit, taquine : « Elles ne vont pas nous prendre notre place ces “merdeuses”. » Eh bien, si : elles sauvent le film. Non, Bye Bye Blondie n’est pas sulfureux comme le prétend Le Figaro et ne devrait en aucun cas être estampillé d’un avertissement au jeune public, comme c’est pourtant le cas. C’est en ça que Despentes a raison de se battre pour rendre le lesbianisme visible : la preuve est qu’aujourd’hui, un film qui montre deux filles qui s’embrassent reste encore tabou. Ridicule !

Ce qu’a manqué au cinéma de Virginie Despentes, pour ce couplà, elle l’a parfaitement réussi dans sa carrière d’écrivaine. Celle qui, dans King Kong Théorie, écrivait cette première phrase inoubliable « J’écris de chez les moches, pour les moches, les vieilles, les camionneuses, les frigides, les mal baisées, les imbaisables, les hystériques, les tarées, toutes les exclues du grand marché à la bonne meuf », a parfaitement su, de livre en livre, et jusqu’au dernier, Apocalypse Bébé, nous prendre par la main et ne plus la lâcher. Nous, nous avons apprivoisé son univers trash et lesbien ; elle, elle est devenue grand public, tout en continuant de placer ses skuds entre les lignes.

Au fond, une idée me vient : au seuil de la quarantaine, Virginie Despentes ne se serait-elle pas payée, en loucedé, une petite gâterie avec ce film ? Ce qui pourrait expliquer son aspect poussif. Cette femme, devenue lesbienne à 35 ans, s’est rendu compte qu’aucun conte lesbien n’existait : « La gouine ne peut pas être une belle au bois dormant, il faut qu’elle monte à cheval et qu’elle terrasse le dragon », dit-elle. Alors, elle a enfilé, via le personnage de Gloria calqué en partie sur sa vie, une belle robe de princesse qui met sous ses draps la plus belle fille du quartier. Une nouvelle héroïne est née : « La gouine au bois dormant ». Un cœur de midinette, Virginie Despentes ? À n’en pas douter.

Publié dans Causette #23 – Avril 2012

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