Assistant sexuel : Sexe , argent et handicap

L’assistant sexuel est une personne formée et rémunérée pour répondre – physiquement – au désir sexuel des handicapés moteurs et mentaux. Cette profession existe déjà dans certains pays d’Europe. Sous la pression d’associations et de membres de la société civile, la question devient publique : faut-il autoriser un statut d’assistant sexuel dans l’Hexagone ? Sexe, argent et handicap : voilà de quoi faire exploser et déranger des valeurs bien établies qui sommeillaient, pépères, à l’ombre de la loi, de la science ou de la morale. Le débat fait rage.

Je t’aide, moi non plus

Jusque-là, la vie sexuelle et sensuelle des handicapés était taboue. Et – en dehors de nombreuses histoires d’amour qui existent, il ne faut surtout jamais les oublier – c’est au personnel médical ou à la famille de « résoudre les problèmes », particulièrement quand la personne ne peut même pas se masturber. Plusieurs solutions s’offrent alors : la chimie, les prostituées ou encore des situations de l’extrême, où, souvent, c’est aux mères de « soulager » leur enfant.

La solution proposée de faire appel à des assistants sexuels (AS) provoque des réactions épidermiques en cascade. Si ce statut venait à exister, la loi sur la prostitution devrait changer. Rappelons qu’en France – contrairement aux Pays-Bas, à l’Allemagne et à la Suisse où les AS existent – la prostitution est tolérée mais n’est pas légale. C’est le proxénétisme qui est puni. Or, pour la plupart des handicapés, c’est une tierce personne qui aura la charge d’organiser les rencontres avec un AS, tombant par là même sous le coup de la loi puisqu’elle aura mis en contact prostituée et client. Et si, dans quelques mois, les clients de prostituées se voyaient également mis hors la loi, les handicapés concernés deviendraient eux-mêmes des coupables. Épineux.

Pour les uns, autoriser l’AS serait « fournir un cheval de Troie à la reconnaissance de la prostitution ». « Faux ! rétorquent les autres, c’est un devoir compassionnel, un geste d’humanité que la société doit rendre. » « Non. On doit accepter toutes les conséquences d’un parcours de vie y compris celles du handicap. L’intime ne regarde pas le politique. » « Si le droit à la vie intime pour tous a été reconnu, la santé sexuelle est une recommandation de l’OMS [Organisation mondiale de la santé, ndlr]. » « La prostitution va devenir un service à la personne ! Et, encore une fois, ce sont les hommes, en grande majorité, qui vont l’utiliser, et les femmes en pâtir. » « La sexualité n’est pas un droit, mais une liberté. » On voit même apparaître des oxymores douteux auxquels tous ou presque se rallieraient : la « prostitution bénévole ». Bizarre.

Un service sexuel pour tous ?
Au sein même du gouvernement, les avis divergent. Tandis que Roselyne Bachelot y est « rigoureusement, formellement, totalement opposée […] Vous pensez que la ministre en charge des Droits de la femme va soutenir un truc pareil ?! », sa secrétaire d’État Marie-Anne Montchamp tempère : « La question de l’accompagnement sexuel doit être considéré comme un défaut d’inclusion sociale. » Elle s’appuie sur la loi du 11 février 2005 1. À cette heure, c’est l’ex-député Jean-François Chossy (UMP-PDC) qui s’y colle. Rapporteur de la loi sur le handicap en 2005, il a été missionné par le Premier ministre pour réfléchir « sur l’évolution des mentalités et le changement du regard de la société sur les personnes handicapées ». Il planche, il réfléchit, il s’interroge et « compte bien faire un chapitre sur l’assistance sexuelle ». « Je suis dubitatif, je ne rencontre que des histoires douloureuses. Les pour et les contre me semblent égaux. »

Langue de bois ? Pas si vite. Pour un membre du Parti démocrate chrétien, Jean-François Chossy est au contraire plutôt olé, olé. « À présent, la notion de vie intime est reconnue [loi 2002, ndlr]. Un des éléments de ma réflexion est que, en aucun cas, une prescription d’AS ne peut être prise par un tiers, mais par le consentement éclairé de la personne concernée ou de son tuteur ou de son accompagnant familial, déclare-t-il. On n’offre pas un AS comme un cadeau d’anniversaire. La connaissance du monde du handicap est nécessaire. La démarche doit s’adresser à des personnes lourdement handicapées qui n’ont pas accès à leur corps. Il faut personnaliser, pas catégoriser. La politique n’a pas de devoir sexuel, mais elle doit accompagner. On réduit l’assistance sexuelle à un acte rémunéré ; or c’est un acte de la vie. Quand on ne peut pas faire sa toilette, on vous la fait ; alors pourquoi pas le reste ? » Sa réflexion le pousse – et il n’est pas le seul – à envisager un service sexuel en faveur de tous ceux, valides ou non, qui souffrent de la misère et de la solitude. Christine Boutin doit en bouffer son chapelet.

Vers une impasse
La prostitution n’étant pas légale mais tolérée, les personnes valides ont donc accès à la prostitution. Les handicapés, eux, en sont empêchés et se trouvent donc, de fait, dans une position de discrimination sociale (une de plus !). Si l’État voulait donner l’égalité aux handicapés, il serait obligé de leur fournir l’accès à la prostitution qui devrait être encadré pour ne pas les exposer aux dingues, et se mettrait donc en position de proxénète. On peut parier par conséquent que l’État français ne permettra jamais aux personnes handicapées d’avoir recours à une aide sexuelle, à moins que la prostitution ne devienne légale. L’État n’est pourtant pas à un paradoxe près, le Sénat l’ayant épinglé, au début des années 2000, déclarant qu’il « encourt le qualificatif de proxénète » parce qu’il touche, via les impôts des prostituées, un bénéfice issu de cette activité. Ça se passe comme ça, chez le mac !

1. L’un des alinéas stipule : « Toute personne handicapée a droit à la solidarité de l’ensemble de la collectivité nationale, qui lui garantit, en vertu de cette obligation, l’accès aux droits fondamentaux reconnus à tous les citoyens ainsi que le plein exercice de sa citoyenneté. »

Collaboration avec Marie MAURISSE

Publié dans Causette #16 Septembre – Octobre 2011

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