La trépidante vie d’un pénis ordinaire

Je suis née sous la bonne étoile du sexe féminin. Je parle de l’organe, pas de la féminité, pas du féminisme. Disons, une étoile « pas pire ». Certes, mon sexe occasionne encore de bons vieux réflexes primaires d’agression ou de discrimination, mais j’estime que c’est plus supportable – ici et maintenant – que de naître avec un pénis. Si. Démonstration. 
S’il est vrai qu’on ne naît pas femme, qu’on le devient, on naît homme directement, c’est-à-dire déjà élevé à la testostérone – probablement grâce à une sorte d’empreinte mémorielle issue des cavernes. Dès la naissance du petit d’homme, papa et maman, ces imbéciles, devaient se frapper le torse fièrement en s’exclamant : « Omph, omph ! Notre bébé est un garçon et il a un gros zizi, omph omph ! » Quasi certaine. Aujourd’hui, grâce au merveilleux progrès de la civilisation, c’est par SMS que les parents vous annoncent la bonne nouvelle : « Tom est né, il est monté comme un âne »(véridique). Si, avec ça, le petit Tom n’a pas un bel avenir…

Ça grattouille ou ça chatouille ?
Je n’en voudrais pas de cet appareil génital, car en vérité je ne saurais pas quoi en faire. C’est trop encombrant ! Le fonctionnement semble bien compliqué et très obsédant. Je le sens pernicieux. On dirait un animal doué de vie personnelle (Léonard de Vinci me soutient (1)), pendouillant au bas du ventre comme un poulpe. Au gré des mouvements. Ni tout à fait à soi, ni tout à fait un autre. Déjà, je pense que ça doit démanger sans arrêt, y a qu’à voir les petits garçons qui tirent sur leur zizi comme des brutes ou qui le font durcir, pépères, en lorgnant sur le DVD de Petit Ours brun (allez comprendre !). Certaines mères poussent des cris d’orfraie, d’autres laissent faire – je fais partie de ces dernières, ayant décidé de ne jamais me mêler de ce que je ne comprends pas. Et puis, il a l’air tellement heureux comme ça mon petit. Pendant ce temps-là, il ne saute pas sur le canapé. Tiens, au fait, il me fait penser à son père quand il regarde le foot, affalé, heureux, une bière dans une main, l’autre enfouie dans son slip, se pinçant régulièrement le kiki : mais c’est un doudou ou quoi ce pénis ?! Mmmh. De plus, le service trois pièces ne semble guère aisé à ranger, ce qui occasionne des situations ridicules. Regardez le nombre de mecs qui n’arrêtent pas de se toucher les glaouis, de les remettre en place tout en continuant la conversation l’air de rien. Quelle élégance ! C’est un tic ? Ça grattouille ou ça chatouille ? Quelque chose s’est coincé ?

Monsieur Pénis part bouquiner
Si l’on connaît l’impact des pages lingerie féminine de La Redoute sur des générations de garçons pré-pubères, on mesure moins l’importance des pages slips dévorées par bon nombre d’entre nous, les filles, se préparant à appréhender au mieux la rencontre qui aura lieu avec « la chose », toujours mystérieuse malgré des flopées de frères ou de cousins. Rien à voir avec cette barre-là, sous le textile, ou avec ce gros sac joufflu entre les jambes.

Et l’érection ! Quelle invention épatante, fallait la trouver ! Encore un coup de Dieu et sa blague du libre arbitre. Indomptable, l’érection ! Vous dansez avec votre vieille cousine moustachue au mariage de votre frère, et là, allez savoir pourquoi, ping !, une érection. La cousine courroucée, et bégueule faut l’avouer, vous plante là devant tout le monde, une bosse à la braguette (encore véridique). En revanche, Monsieur Pénis répond parfois aux abonnés absents. Le type est là, amoureux, en plein désir de sa ou de son partenaire, et il essaie d’enfiler un préservatif. Monsieur Pénis refuse, gesticule, se rétracte et, une fois coiffé, ben il boude ou part bouquiner ou que sais-je encore… Bref, il ne veut pas aller sur le terrain, comme l’équipe de France. Même sans préservatif. Et le type en haut qui rame comme un malade, humilié doublement quand on lui susurre un condescendant : « Ce n’est pas grave mon chéri, on essaiera plus tard. » Sauf que plus tard, c’est trop tard ! Monsieur Pénis glousse et surgit en pleine forme dès que son proprio se retrouve seul. C’est reparti mon kiki pour l’incontournable branlette, histoire de se faire pardonner. Orgasme chronométré. Peut-être est-il possessif, jaloux à l’excès. Il veut que son patron lui appartienne.

Au garde-à-vous
L’humanité est accro au pénis. C’est une dictature. Organe trop chargé de symboles, trop guetté au tournant. Trop livré en pâture à certaines religions (couic !) ou à des préjugés sociaux dont la charte est impossible à tenir. Le pénis se doit d’être imposant et au garde-à-vous. Sinon, vous êtes un moins que rien. L’angoisse ! Certains tentent de biaiser avec des grosses bagnoles ou des Rolex, vous l’aviez compris. Ou rejoignent, la queue en bandoulière, des concours de micropénis ou de contorsion de l’organe, selon la taille. Bref, la preuve par l’organe qu’ils sont des vrais mecs. Non, vraiment, pour nous, les filles, c’est plus pratique, et, quand la libido s’absente, nous reste la technique dite de l’« étoile de mer (2) », quasi indétectable par le partenaire. Notre honneur reste sauf, nous au
moins on sait qui est au bout de la laisse ! Enfin, je crois.

1. « […] Le pénis possède une intelligence en propre ; en dépit de la volonté qui désire stimuler, il s’obstine et agit à sa guise […]. » dans Les 100 mots de la sexualité, Que Sais-je, PUF.
2. Nous envoyons la recette – aux lectrices seulement – sur simple demande (redaction@causette.fr) !

Photo : Laure Petitdemange

Publié dans Causette #13 Mars/Avril 2011

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