Ma beauté intérieure, je vous la mets où?

Je ne sais pas vous, mais, moi, quand on me parle de ma beauté intérieure, je trouve toujours que ça sent le roussi. Pourquoi vouloir nous persuader que si, c’est juré, on est toutes forcément belles de quelque part, qu’il ne faut pas perdre espoir. Pathétique! Et tous ces bons sentiments bien hypocrites conduisent à une tripotée d’élections de «Miss Coin-Coin», aux quatre coins du monde : Miss SDF, en Belgique (voir Causette #1), qui fait défiler des femmes cabossées et qui récompense la SDF qui veut vraiment sortir de la rue. Parce que, bien sûr, ce n’est qu’une histoire de volonté! Je passe sur Miss Pregnant, au Texas (la plus belle femme enceinte) ; Miss Chirurgie esthétique (au moins, c’est clair!), en Hongrie; Miss Handi France, un défilé en fauteuil qui juge les candidates sur leur beauté et leur sens de l’humour (sic).

Et le pompon, selon moi, c’est Miss Landmine, en Angola : les candidates doivent d’abord avoir sauté sur une mine antipersonnel, puis elles défilent en maillot de bain et béquilles, et on élit soit la plus belle plastique, soit le plus beau moignon, je n’ai pas très bien compris. L’Arabie saoudite, toujours partante pour faire avancer la cause des femmes, élit sa Reine de la beauté morale, sur des critères de respect envers ses parents, de piété et de pudeur. Le défilé se fait en burka. Non, je déconne. Ah, non ! en fait, je ne déconne pas : les candidates sont revêtues de l’abaya noire, donc recouvertes de la tête au pied. Par conséquent, on ne connaît pas la tête de la Reine, au moins, on ne l’enquiquinera pas dans la rue. Quant à Miss Rescapée de la Shoah, en Israël, je ne ferai pas de commentaire et vous laisserai méditer le cas. On y prétexte le devoir de mémoire, qui a quand même bon dos. N’empêche que les quatorze candidates (plus très jeunes, hein) ont défilé, comme dans un vrai concours (pas en maillot, en robe, tout de même). Et j’ai bien sûr une pensée émue pour ces pauvres gosses que l’on maquille comme des voitures de tunning pour être élues mini-miss.

Alors, vous comprenez pourquoi je voudrais qu’on nous lâche la grappe avec la beauté. Intérieure, extérieure, sur le devant ou à l’arrière! Et si l’on veut récompenser des femmes méritantes, inventons donc des prix qui ne contiennent pas le mot «miss» dedans, et où les femmes n’auront pas à défiler comme des bestiaux. Les filles, sans blaguer, s’il vous plaît, ne postulez plus, parce qu’on prend vraiment votre silhouette intérieure pour une quiche !

Illustration : Jean Lecointre

Publié dans Causette #37 – Juillet/Août 2013

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